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De
Mortagne à Bonne Anse
A partir des environs
de Mortagne et jusqu'à La Coubre le paysage longé par
le navigateur ne ressemble en rien aux autres paysages qu'il a pu voir
auparavant sur l'estuaire.
Les
reliefs lointains se sont rapprochés, venant mourir directement
sur l'eau en une succession de petites dépressions en faible
pente et de falaises calcaires de 20 à 40 m de haut : sur l'eau
cela donne une suite de caps calcaires séparés de minuscules
baies, anses
Encore
"vaseuses" jusque vers Meschers celles ci se transforment
ensuite en "conches" aux petites plages sablonneuses jusqu'à
Saint Palais, au delà de Royan ; c'est ensuite le domaine du
sable des dunes atlantiques.
Les
conches, plages, falaises, pentes boisées, la densité
de l'habitat ... tout cela donne en approchant de Royan une image d'une
nature investie par la "civilisation", d'une nature de "vacances",
accessible à chacun sans efforts, par contraste avec la nature
plus sauvage que présentent ailleurs les bords de la Gironde.
La flore retrouve aussi des airs de vacances de type méditerranéen
avec pins maritimes, chênes verts, arbousiers ...
Sur
l'eau on est depuis déjà bien avant Mortagne sur les parties
les plus larges de la Gironde, la côte médoquine semblant
reculer à perte de vue jusqu'au "goulet" de la Pointe
de Grave ; mais les faibles fonds et les bancs sont toujours présents,
bancs des Marguerites à hauteur de Talmont et Meschers, banc
de Saint Georges devant la rade de Royan ...
Depuis
Mortagne défilent les communes et leurs petits ports : Saint
Seurin d'Uzet, Barzan et Les Monards, Talmont, Meschers ... puis
Saint Georges de Didonne, Royan, Vaux, Le Palais, Les Mathes ...
Ces communes, ces ports, cette rive peuplée et exposée
aux vents de l'Histoire, sont bien sur pleines d'histoires.
Saint
Seurin d'Uzet
La commune et le petit port d'échouage n'ont rien d'impressionnant
de nos jours, pourtant les seigneurs d'Uzet firent construire en 1460
sur le rocher qui domine l'entrée du port un château doté
de murailles et de fossés si larges qu'il fallut un pont à
trois arches pour les passer.
Le petit port connut son heure
de gloire quand il fut au siècle dernier l'un des plus importants
ports de pêche à l'esturgeon (le "créac")
de l'estuaire et le premier à se lancer dans le “caviar”
(les oeufs d'esturgeon).
Bien sur une légende s'attache à cette particularité
: selon celle ci une princesse Romanoff, spectatrice de l'arrivée
des barques de pêche, aurait été scandalisée
de voir les pêcheurs ouvrir le ventre des esturgeons femelles
et jeter les oeufs à la mer ! Alors qu'en Russie c'était
un mets de noble ! Et elle leur aurait envoyé un spécialiste
...
Ce qui est certain c'est que les oeufs
étaient peu considérés et / ou mal préparés
et mal vendus jusque vers 1920 ; à cette époque la maison
Prunier, de Paris, ouvre des ateliers de préparation à
St Seurin (le plus important), Port Maubert, Les Callonges, Plagne,
Caverne, Cambès, Rions et Blaye et elle engage un ex capitaine
de la garde du tsar pour les diriger ...
C'est le succés mais avec celui ci le "créac"
naturel, surexploité, a disparu ; déclaré espèce
protégée, on essaie de le réintroduire dans son
élément naturel.
Le caviar du sud ouest est maintenant celui d'élevages (écloseries
- voir page pêche) à partir d'une variété
différente de l'espèce naturelle.
Barzan
et les Monards
Le port d'échouage des Monards est remarquable par sa disposition
en 2 branches due aux débouchés de 2 canaux ; ample, il
est très vivant.
Ce secteur de Barzan a toujours intéressé
géographes et historiens, en témoignent les fouilles faites
dès le 17 ième siècle et les récits de la
tradition.
En particulier la zone du moulin du Fâ entre Barzan et Talmont,
sur la colline de La Garde, où une curieuse stèle - pyramide
de 5 m de haut, dont on ne sait si c'est un amer ou un point géodésique,
y a été dressée au milieu des vignes, au 17 ième
siècle pense t-on.
Mais ce sont des détections
aériennes faites dans les années 1970 qui ont révélé
l'importance du site gallo - romain identifié ; celui ci s'est
progressivement imposé comme étant celui d'une ville portuaire
de plus de 300 hectares, avec temple, thermes, théatre, forum,
avenues, habitations, acqueducs, entrepôts ...peut être
la ville de Novioregum mentionnée sur l'itinéraire d'Antonin
du 2 ième siècle ?
Tout semble montrer
que, comme Ostie et Rome en Italie, ce port était directement
relié à Médilano-Santo (Saintes) - 36 km à
l'intérieur - , qui était la capitale des Santons, peuple
celte installé dans la région au 7ième siècle
avant JC et passé sous domination romaine un siècle plus
tard.
Les fouilles sont loins d'être finies, tout comme les débats
concernant le nom et la disparition de cette cité....
Talmont
C'est la carte postale idéale avec son église
romane postée sur son éperon rocheux dominant d'une vingtaine
de mètres les flots de l'estuaire et d'où la vue est admirable.
Le village a conservé le charme des vieux bourgs de saintonge,
aux maisons basses en pierre, aux ruelles fleuries de roses trémières
; le vieux cimetière subsiste, tassé contre la façade
nord de l'église.
A l'Est un chenal empiérré sert de petit port d'échouage
et abrite quelques barques.
A l'origine ilôt rocheux, devenue presqu'île
au moyen age, elle est alors possession des seigneurs de Talmont qui
y construisent un château en 1030, surveillant la navigation dans
l'estuaire et prélèvant un droit de péage ; vers
1094, Ranoul de Talmont autorise les moines de Saint-Jean d'Angély
à construire un bourg et une église qu'ils vont dédier
à Sainte-Radegonde, patronne des marins.
Talmont devient alors un des points de ralliement des pélerins
de Saint-Jacques de Compostelle empruntant les routes de l'Ouest, les
moines leur offrant hébergement et traversée de l'estuaire.
Territoire anglais à partir de 1154, quand Henri de Plantagenet,
époux d'Alienor d'Aquitaine devient roi d'Angleterre, elle devient
propriété personnelle du roi d'Angleterre Edouard 1er
en 1283 ; celui ci fait reconstruire le bourg selon un plan quadrillé
et le transforme en "ville close" ou "bastide" grace
à une enceinte fortifiée ne possédant qu'une seule
porte ouvrant sur l'étroite bande de terre reliant la presqu'île
au continent.
Dans les siècles suivants la "place forte" de Talmont
avec ses batteries de canons change souvent de mains, pacifiquement
ou de force ; mais la “Fronde des Princes” en 1652 lui porte
un coup rude lorsque toutes les défenses sont rasées par
les Espagnols et en 1706 c'est le château qui disparaît
à son tour sous les coups de la mer. ...
Au XIXè siècle, pour sauver le site, on consolide la falaise
de Talmont et en 1890, l'église est classée aux Monuments
Historiques.
En 1917, les Américains, intéressés par son emplacement
et par la profondeur des eaux (15 à 30 m) près du rocher
voulurent transformer le site en port de débarquement : nettoyage
à la dynamite de la roche portant les vestiges de l''ancien château
féodal pour y édifier un quai avec des pierres calcaires
récupérées dans la falaise du Caillaud, de l'autre
coté de la baie, en y creusant des galeries.
Heureusement l'armistice arrête les travaux... qui ne seront pas
repris ensuite malgrè diverses tentatives d'élus locaux
pour y faire des quais, une marina ...
Meschers
Meschers c'est un port de plaisance important de plus de 250 places
dont la moitié en échouage, la moitié en bassin
à flot ; l'avant chenal est étroit et sensible aux courants
traversiers ..
Meschers ce sont aussi évidemment les grottes dont est percée
la falaise calcaire de 25 à 30 m de haut sur laquelle s'étend
la commune ; la plupart sont d'origine karstique très ancienne,
mais certaines "salles" résultent de l'exploitation
de pierres calcaires et peuvent atteindre des volumes importants (60
m par 20m)
Ces grottes ont été investies par l'homme pour y habiter,
s'y cacher, etc...; aménagées elles peuvent comporter
plusieurs pièces, sur plusieurs niveaux .
Les plus connues sont celles de Régulus (municipales) et Matata
(privées) qui se visitent et ont chacune "leur histoire"
Le nom de Régulus est celui d'un vaisseau de guerre francais
qui, avec 3 bricks Java, Malais et Sans-Souci, sont surpris au mouillage
juste devant Meschers par les Anglais en avril 1814 et dont le capitaine
de vaisseau décide de les livrer aux flammes plutôt que
de les faire prendre.
Matata serait un nom résultant d'une tragique histoire d'amour
en 1588 entre une princesse de 19 ans, femme de Henri de Condé,
retrouvé mort empoisonné, et de son page qui en avait
16... Soupconné puis poursuivi, celui ci, déguisé,
alla se cacher dans les grottes ; un meunier étonné de
la présence de cet étranger, lui demanda son nom. Paniqué
le page aurait bafouillé quelques mots de latin sur la beauté
du jour (matuta, matunina...) Ce mot, mal compris, se transforma en
Matata et devint son "nom" . Plus tard sa vie de reclus, son
allure dissimulée et quleques maladresses suffirent pour que
quelques villageois y voient l'oeil du diable, le lapident et l'emmurent
dans la falaise ...
De l'eau on peut
admirer des habitations troglodytes ou perchées au bord de la
falaise et dont les terrasses ou les gradins s'ornent parfois de palmiers
ou autre plantes méditerranéennes ; on y voit aussi les
vestiges de moulins à vent, déjà présents
en l'an mil et nombreux (jusqu'à 6) encore à une époque
récente.
Les corsaires,
pirates et autres batailleurs
Meschers et, dans une moindre mesure Talmont, petites communes proches
de l'entrée de l'estuaire mais à l'écart des défenses
de Royan sont riches d'anecdotes maritimes
En
effet c'est le secteur idéal pour les "coups de main"
d'audacieux arrivant en catimini de l'océan, non sans risques,
mais aussi pour les "coups tordus" de terriens ou pirates
embusqués dans les anses et guettant depuis les falaises.
On a vu l'histoire du Regulus piégé par un coup de main
Anglais, il y a celle de la grotte et de l'anse Cadet : Cadet le Naufrageur
dont la légende dit qu’il trompait les navires avec des
lanternes portées par un bélier, amenant les navires à
l'échouage ; il pillait alors les épaves et aurait amassé
des trésors (qui n'ont jamais été retrouvés
...)
En tout cas il est
attesté que dans les années 1450 (XV ième siècle)
le trafic maritime était très perturbé par une
"guerilla" navale livrée par les Talmonais et
qu'en 1617
des corsaires (ou pirates ?) rochelais sont exécutés à
Bordeaux après avoir écumé la Gironde depuis une
base sur Meschers.
Dans les
nombreux accrochages locaux on peut citer ces pirates espagnols en 1620
ou ces navires royaux en 1622 qui, repoussés par les défenses
de Royan se défoulent en bombardant Meschers ...
On peut aussi citer
l'épave du Damienois, cargo qui s'est sabordé le 25 mai
1940, lors de la grande pagaille au moment de la capitulation de la
France, en raison des équipements sensibles qu'il transportait
; située quasiment face à Talmont, ce danger potentiel
dont on ne voyait que les mats émergés, a été
signalé (enfin ...) depuis 2003 par une bouée cardinale
Royan
La ville, son port, sa baie, sa plage jusqu'à St Georges de Didonne,
ses conches vers Vaux et St Palais sur Mer... sont des références
sur cette rive, connues de tous.
Royan et
ses communes limitrophes, sur son plateau rocheux à l'entrée
de l'estuaire face à la Pointe de Grave, est place forte des
seigneurs de Didonne à partir du 11 ième siècle
; elle sera anglaise pendant la guerre de 100 ans, puis sera place forte
du protestantisme dont elle en paiera le prix, Richelieu rasant toutes
ses défenses et sa citadelle en 1631
Mais surtout
Royan sera rasée à 85 % en janvier et avril 1945 par les
bombardements alliés, qui pousseront loin l'horreur en utilisant
du napalm : située, comme la Pointe de Grave, au coeur du dispositif
local de défense allemand (la Gironde Festung) dont on peut voir
encore des blockhaus sur la pointe de Suzac, elle paiera le prix fort
de ce que les historiens semblent dénoncer comme une prétentieuse,
monstrueuse et inutile bétise du commandement allié, très
peu de temps avant la capitulation du III ième Reich.
Bonne
Anse
Sur cette portion de côte qui est, entre dunes de sable et forêts,
un haut lieu de vacances, avec ses résidences, villages vacances,
campings, golf, zoo, pistes cyclables et piétonnières
... la baie de Bonne Anse est particulière avec sa longue flèche
de sable qui prolonge vers le sud la côte depuis le phare de La
Coubre et vient se refermer vers la côte par la barre aux Anglais
De formation récente
(19 ième ?) elle est en constante évolution sous l'influence
des courants et a tendance a se refermer et à se combler : pour
aller des courants de l'estuaire vers l'anse et le port de La Palmyre,
l'étroit chenal entre la plage et la barre aux Anglais doit se
négocier au bon moment ..
Le port, mis en service dans les années 1980 offre 300 places
à flot (1 mètre d'eau à marée basse)
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