retour sommaire
De
Bourg-sur-Gironde à Blaye
Bourg-sur-Gironde,
dont les habitants sont les Bourquais et le « pays » le
Bourgeais, s'est appelée auparavant "sur-Garonne" et
"sur-Mer".
Pourtant aujourd'hui, perchée sur ses roches calcaires,
elle ne domine plus que la Dordogne et les plates étendues de
la presqu'île d'Ambès ; en effet à partir du XVII
ème siècle l'allongement alluvionnaire progressif du bec
d'Ambès a repoussé la séparation des eaux vers
l'ouest.
Mais de l'élévation toute proche du "Pain de sucre"
et de celle de Tayac on a une une vue remarquable sur la Garonne, la
Gironde et tout le proche médoc.
Cette situation de vigie en a fait de tous temps une place forte que
déjà les Romains, utilisant la pierre locale, avaient
dotée de remparts imprenables ; son importance pour Bordeaux
fut attestée par son titre de « première filleule
de Bordeaux ».
Ses quais et la cale de son port, au pied des remparts, furent longtemps
le siège d'une forte activité commerciale, point de jonction
entre Dordogne, Garonne et Gironde où se cotoyaient gabares et
autres embarcations locales.
Blaye se situe
également sur une position privilégiée : une falaise
dominant les eaux de l’estuaire d’une quarantaine de mètres
de haut et protégeant un goulet abrité du vent où
pénètre la marée haute, ceci à un endroit
où l’estuaire rétrécit pour la première
fois depuis son embouchure (3 km seulement de large ici) et où
les marais, si présents en aval, disparaissent enfin…
Sur ce site les Romains et leurs successeurs vont développer
et fortifier une cité qui sera place forte, verrou de l’estuaire
vers Bordeaux ; servie par son emplacement, un bon port et une traversée
d’estuaire moins longue et moins tourmentée que plus au
nord, elle connaîtra un fort développement d’échanges
commerciaux, de pêche, de point d’hôtellerie et de
passage d’estuaire.
Ces deux cités ont connu
chacune un destin dont beaucoup de traits sont communs : points de traversée
d’estuaire, places fortes, « verrous », « bornes
frontière» entre langue d’oc et langue d’oil,
bastions avancés de la Guyene Bordelaise, elles furent au cours
des temps constamment convoitées, assaillies, prises, reprises,
détruites … par les différents Barbares, Normands,
seigneurs locaux ou régionaux et rois se disputant le pouvoir
…
Ainsi, épisode
parmi d’autres, c’est à Bourg, lors de la Fronde,
période agitée durant la régence de Louis XIV,
que fut signée fin septembre 1650 par Mazarin la « paix
bordelaise » avec la Fronde locale ; et on y voit le 4 octobre
le frondeur La Rochefoucault se rendre à la messe dans le carrosse
de Mazarin, dire à ce dernier « Tout arrive en France »,
saluer le roi et mettre un genou en terre pour lui demander pardon.
Les jours suivants Louis XIV utilisera la voie nautique pour se rendre
avec sa suite à Bordeaux.
Ce qui n’empêchera pas les frondeurs de se rebeller à
nouveau ... et en juillet 1653, Bourg sur Gironde doit être assiégée
et reprise par le comte d'Estrades, fidèle de Louis XIV.
Cependant l’histoire
a davantage laissé de traces à Blaye.
Au-delà des destructions et reconstructions « habituelles
» de ce genre de places fortes, de grands noms y ont laissé
leur empreinte : Dagobert, dont le frère, roi d’Aquitaine
y aurait été enterré, Charlemagne qui y avait installé
son neveu Roland dont la tombe y fut longtemps objet de culte pour les
pèlerins de Compostelle, Jaufré Rudel
célèbre troubadour guerrier qui mourut à St Jean
d’Acre …
Cette dynastie des Rudel, princes de Blaye du 10e au 14e siècles
était bien sur vassale du duc d’aquitaine ; lorsque ce
dernier est devenu roi d’Angleterre, Blaye a payé durement
sa vassalité lors de la guerre de cent ans (fin 14e- début
15e siècles).
Lors des guerrres de religion,
Blaye, catholique loyaliste, s’opposa aux calvinistes qui y firent
un massacre lorsqu'ils s'en emparèrent en 1568.
Au cours des guerres de la Ligue, Blaye est le théatre, en 1593,
d’une bataille grandiose lors de son siège par le maréchal
de Matignon : s’affrontent sur les eaux navires anglais, hollandais
et bordelais du coté des royalistes huguenots, et vaisseaux espagnols
soutenus par l’artillerie disposée sur la forteresse du
côté des Ligueurs.
Dans les grands noms de Blaye
on trouve aussi les ducs de Saint Simon père et fils, ducs et
gouverneurs de la place sous Louis XIII et Louis XIV … et bien
sur, avec ce dernier, Vauban !
Vauban c’est évidemment ici les fortifications de la citadelle,
toujours admirables à découvrir, mais c’est aussi
la conception de l’ensemble défensif de l’estuaire
constitué par la citadelle de Blaye en rive droite, le Fort Pâté
sur l’île du même nom, et le Fort Médoc en
rive gauche ; Vauban était particulièrement satisfait
de cette réalisation censée verrouiller et protéger
de manière décisive l’entrée et la sortie
maritime de Bordeaux.
En fait il semble que son efficacité n’ait jamais été
sérieusement testée ; les effets de la dissuasion sur
laquelle comptait Vauban peut être ? Mais en tout cas les garnisons
n’appréciaient pas particulièrement la vie sur l’île
Pâté, insalubre, au point que les fréquences de
relève durent y être augmentées !
Au-delà de cet aspect «
militaire » les terres ont ici porté très tôt
blé et céréales, ainsi que des vignes lorsque les
Romains les ont introduites dans la région, sur les pentes le
long de l’estuaire autour de Bourg et de Blaye.
Il faut rappeler que les vignes ont existé ici avant celles du
Médoc (qui n’ont été plantées qu’à
partir du 17e – 18e siècle) et qu’elles faisaient
le bonheur des nefs anglaises de la flotte du vin qui chaque année
venait charger les tonneaux de « claret » dans le «
Bourdeu » de la « Guyene » du 13e siècle.
Ce vin, célébré par le poète Ausone à
l’époque romaine, longtemps référence pour
l’aristocratie locale, en particulier celui de Bourg, subira de
plein fouet la concurrence des vins du Médoc après le
17e – 18e siècle : ceux ci surent imposer leur «
goût », leur image, leur nom, leur concept de « crus
» d’autant que leurs propriétaires étaient
le plus souvent des notables, bien introduits, et les terroirs de grande
superficie ; les côtes de la rive droite, avec leurs structures
restées familiales et leurs terroirs plus morcelés et
au relief plus tourmenté ne purent pas rivaliser.
La répartition de ces vignobles aujourd’hui est assez frappante
: celui des Côtes de Bourg est concentré sur un assez petit
territoire de 14 communes en demi - cercle autour de Bourg où
la vigne est omniprésente ; celui de Blaye est près de
3 fois plus grand, sur 40 communes, allant assez vers l’intérieur
des terres et « encerclant » presque les Côtes de
Bourg… : cela explique l’existence des 3 appellations «
Blaye », « Côtes de Blaye » et « 1ère
Côtes de Blaye ».
Le navigateur allant de Bourg à Blaye évitera l'épave
piégeuse au bout des pontons de Bourg, laissera sur la gauche
l'île basse d'Ambès, la pointe d'Ambès et ses bancs
de sable, pour rester dans les zones un peu plus profondes naturellement
proches de cette rive droite ; attention toutefois à l'épave
de Marmisson et plus loin au banc de Plassac sur la gauche.
Longeant ainsi cette rive il pourra découvrir une bande étroite,
entre falaises et eau, Pain de sucre, Tayac, La Reuille, Le Rigalet,
Marmisson, Roque de Thau, bande où semble régner un micro
climat plus tempéré qu’ailleurs et dont on dit que
beaucoup de capitaines au long cours aimaient venir y prendre leur retraite.
Une Vierge des marins placée haut dans la falaise vers Le Rigalet
peut inciter à aller exercer les mollets sur sentiers et marches
qui escaladent ces hauteurs vers de beaux points de vue.
Au passage le navigateur
pourra pousser une étrave curieuse dans les petit ports d’échouage
de Roque de Thau ou de Plassac, commune sur laquelle une villa gallo-romaine
a été mise à jour en bordure d'estuaire.
Arrivé à
Blaye, le ponton n'est est pas très avenant : il a été
refait après la tempête de 1999, mais semble avoir été
conçu prioritairement pour des grosses navettes touristiques
plutôt que pour des petits bateaux de plaisance ; en outre son
implantation le met en zone de fort clapot si vent et marées
entrent en guerre !