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De
Blaye à Mortagne
Entre
Blaye et Mortagne, l'estuaire est bordé sur plus de 30 km par
une immense zone marécageuse (15 000 ha) qui atteint jusqu'à
8 km de large vers St Ciers.
Du
Sud au Nord on a le "Petit marais de Blaye" jusqu'au canal
St Georges, le marais de la Vergne à son Est vers Etauliers,
le marais de St Ciers (le plus grand), et enfin le marais de St Bonnet
(Charente Maritime) après le canal de la Comtesse ; les deux
tiers de ces marais se trouvent dans le département de la Gironde.
Cette zone marécageuse
aurait comme origine le déplacement du lit de l'estuaire vers
le Médoc dans les périodes de grands changements marins
et d'érosions énormes : on parle là de durées
très longues puisque grosso modo entre 20 000 av J.C et 2 000
av J.C !
Il semble que ces
territoires d'eaux virent l'homme commencer à s'y manifester
entre 5 000 av JC et 2 000 av JC, puis essayer de les faire évoluer
: fossés, canaux, esteys, digues .... noms variés pour
désigner des ouvrages témoins de leur époque et
des moyens employés pour essayer de maintenir quelques surfaces
hors d'eau et hors d'atteinte des crues et invasions marines.
Il faudra cependant attendre la fin du XVIème siècle,
les conditions naturelles étant favorables (nouveau comblement
du marais), pour que soient décidés (premier édit
pris le 8 avril 1599 par Henri IV) de véritables travaux de drainage
: faisant appel aux techniques hollandaises c’est le duc de Saint-Simon
qui organise le projet d’assèchement du marais du blayais,
dont les travaux commencèrent en 1648.
Projet très élaboré, devant protéger simultanément
des invasions marines coté estuaire, des arrivées excessives
d'eaux de ruissellement coté continent, tout en obligeant les
eaux déjà présentes à s'évacuer ....
: sans entrer dans le détail cela donna une digue d'environ 2,6
m de haut coté estuaire, une autre du coté continent,
et un quadrillage de canaux d'évacuation de différents
calibres dont les débits sont controlés par différents
dispositifs et dont les principaux débouchent sur l'estuaire,
protégés par des écluses.
Coté continent les eaux retenues par la digue le sont dans des
zones tampons drainées par un canal de ceinture : les marais
de la Vergne et de St Bonnet font partie de ces zones tampons.
Ces terres témoignent
aujourd'hui de toutes les tentatives de l'homme pour en tirer des ressources,
variables suivant l'époque et l'endroit ; pêche, chasse,
paturages, blé, seigle, jonc (au total 800 hectares, unique en
europe), chênes, chataigniers, vignes, maïs, cultures maraichères,
élevage intensif ... le tout assez dispersé dans des horizons
lointains et plats.
Elles sont en tout
cas un vaste territoire de zones humides propices à une faune
et une flore qui ne demandent qu'une clémence attentive de l'homme
pour s'y redévelopper de manière durable ...
Venant de Blaye le navigateur pourra
emprunter le passage entre les îles basses (Ile Nouvelle - Ile
Bouchaud puis Ile de Patiras) et le continent, en direction de la passe
de Saintonge : très rapidement en rive droite la ligne des collines
recule au loin laissant place aux terres basses, alors qu'après
Patiras l'horizon marin s'ouvre, délivré de l'obstacle
des îles.
Seules les grosses masses de la centrale nucléaire du Blayais
sur ses 227 ha, face au banc de St Louis, vont rompre un moment le défilé
de la rive marécageuse parsemée de petits ports au débouchés
de canaux : Port de la Belle Etoile, Canal de St Georges, Port des Portes
Neuves, Port des Callonges, Vitrezay, Port de Conac, Port Maubert, puis
enfin Mortagne alors que la ligne de collines commence à revenir
vers le bord de la Gironde.
Mortagne, dont la
cité et le port montrent une histoire et une activité
forte : St Martial installé dans les falaises calcaires, le chateau
de Mortagne et sa puissante seigneurie, la principauté de Mortagne
dont Richelieu fut prince, le port aménagé et utilisé
par la marine royale du 18 ième siècle jusqu'en 1914,
les caboteurs, terres- neuvas et cargos jusqu'en 1940 ...
Le port est aujourd'hui un sympathique havre de plaisance très
fréquenté avec son grand bassin à flot empierré
bien abrité derrière ses écluses au pied de la
cité.