La pibale - civelle - anguille

 

 


pibales


pibale en gros plan

 

 


anguille



Extraordinaire poisson que cette anguille qui vit aussi bien en mer qu'en eau douce, peut se déplacer sur terre, change à plusieurs reprises de couleur et de physique, et fait un invraisemblable aller - retour à travers l'atlantique !

Pondue dans la mer des Sargasses, la larve, aidée par les courants (Gulf Stream...), entame une traversée de près de 6 000 km qu'elle effectue semble-t-il en un peu moins d'un an, pour arriver civelle (ou pibale) sur nos côtes vers la fin octobre et jusqu'à avril-mai, avec un pic en janvier-février.
Elle mesure alors de 55 à 75 mm et pèse entre 0,20 et 0,30 g.

Au cours des mois suivants elle se transforme profondément, perdant sa transparence et se pigmentant peu à peu en noir puis en jaune pour devenir anguille jaune et poursuivre sa croissance tout en remontant les fleuves.

Bien des années plus tard ( 5 à 15 ans), devenue adulte, omnivore, vorace et agressive, et mesurant entre 40 et 120 cm, elle subira une nouvelle et profonde transformation physiologique, deviendra argentée et pourra entamer son voyage de retour vers la mer des Sargasses pour y pondre à son tour ses oeufs .

 

La pêche à la pibale
autorisée du 1 novembre au 31 mars

Jusqu’aux années 1970, appelées « plat du pauvre » les civelles ou pibales étaient en surpopulation, n’avaient aucune valeur financière, et étaient consommées d’octobre à avril par tous, données même aux animaux de basse-cour.
L’anguille était considérée comme nuisible.
Depuis ces années là, en particulier avec une accélération folle depuis les années 1990, la demande n'a cessé d'augmenter : espagnols et japonais raffolent des civelles et la Chine en recherche pour l'élevage d'anguilles.
La demande a fait exploser les prix, engendrant la surexploitation, le braconnage massif de tous ceux en quête d'un enrichissement facile, souvent encouragé ...
Mais la ressource, en diminution constante depuis 20 ans a brutalement plongé ces dernières années . Les avis, bien sur, s'opposent : surexploitation des pêcheurs professionnels, braconnage (estimé par certains au même niveau que la pêche professionnelle), causes naturelles (variations des courants océaniques, qualité des eaux estuariennes)...

Il faut savoir que l'enjeu est d'importance : si l'on sait élever les civelles pour en faire des anguilles (qui peuvent alors atteindre en élevage 3,5 kg), on ne sait toujours pas faire reproduire des anguilles en captivité pour donner naissance aux civelles . S'il n'y a plus de civelles venant des Sargasses il n'y aura plus d'anguilles ...


photo crdp - collection bardou

Pêche traditionnelle à pied

Les amateurs ne peuvent pécher que depuis la rive, avec une licence, difficile à obtenir, et uniquement depuis certaines rives privées hors estuaire et sous certaines conditions précises (voir sur le site de la fédération de pêche de Gironde)
Cette pêche se pratique en général la nuit, de préférence par temps doux avec un vent de sud-ouest.
Lorsque la marée montante fait entrer les civelles dans les canaux et rivières, le pêcheur, éclairé par une lampe posée non loin et chaussé de cuissardes sur la berge face à l’eau, tamise celle-ci à contre courant, avec dans les mains une grande "épuisette à pibales", le pibalour. Celui ci est régulièrement vidé dans une caisse équipée d'un tamis ne laissant entrer que les pibales et permettant de remettre à l'eau les autres espèces d'alevins.

La pêche depuis un bateau

Elle est réservée aux professionnels.
Certains de ceux ci utilisent depuis 1996 un procédé de pêche appelé le drossage : le bateau, de moins de huit mètres et de moins de cent chevaux, déploie latéralement deux grands filets de 1,2 m de diamètre maximum, véritables "tamis" à mailles très serrées (la civelle mesure moins de 1 cm ! ) et avancent à contre courant, 'filtrant" le maximum d'eau pour capturer un maximum de civelles.
C'est cette technique, considérée comme trop "productiviste" que certains voudraient voir disparaitre en cherchant à faire annuler l'arrêté préfectoral autorisant le drossage en Gironde.


Photo crdp
collection bardou
Passage au tamis

La pêche à l'anguille

L'anguille reste pour l'instant abondante en Gironde avec la proximité de la mer, malgré les prélèvements (trop ?) intensifs de civelles.
C'est une habitante de l'ombre : fuyant la lumière elle s'enfouit ou se poste dans des obstacles, trous... détectant le passage d'une proie par son flair très développé ; en semi léthargie en hiver, elle est très active en été, surtout quelques heures avant la nuit.

Elle est très recherchée pour la qualité de sa chair, la tranquillité de sa pêche et sa facilité de capture.
Pour les pêcheurs à pied :
La pêche à la ligne plombée calée : en Gironde quatre cannes sont autorisées, de 1/2 avant le lever du soleil, jusqu'à 1/2 après son coucher.
La méthode dite à "la vermée" (pelote de vers enfilés sur un brin de coton à repriser) peut être pratiquée en tout temps, de nuit comme de jour, sur la Dordogne, la Garonne, certaines jalles du Blayais ou du Médoc .

La nasse métallique est aussi utilisée.
Les meilleurs moments sont du printemps à l’automne lors des montées d’eau.

Les esches habituels sont les vers de terre, la moule crue ficelée avec du nylon fin sur l’hameçon, le vif pour les plus grosses.

Les professionnels pêchent les anguilles essentiellement au chalut, avec un maillage spécial.

 

La cuisine

Les pibales peuvent se manger à l'espagnole : cuites à l'ébouillanté et assaisonnées avec de l'huile d'olive brûlante, un peu de piment et d'ail . Dans une cassolette en terre, on fait frire un peu d'ail, on frotte contre le fond un piment fort, on ajoute les alevins et on laisse cuire à feu vif en remuant avec une cuillère de bois. Quand le plat commence à bouillir, on le retire et on sert aussitôt.

L'anguille a une chair très appréciée fraiche ou fumée, est ferme, blanche, savoureuse et assez grasse.
Dans la région bordelaise elle est souvent cuisinée avec une sauce au vin et accompagnée d'échalotes, champignons, lardons, oignons.