Le Phylloxera, un puceron dans le vin

 


A la fin du XIXè siècle, un puceron venu d'Amérique, le phylloxera, menace de faire disparaître le vignoble européen. Il faudra des décennies pour trouver le remède : un plant de vigne importé lui aussi d'outre-Atlantique, au secours de son cousin du vieux continent.

Au XIXè siècle, la vigne est un pilier de l'économie française. En 1874, 72 départements sur 84 la cultivent sur au moins 500 hectares. Un vignoble fantastique et pourtant déjà partiellement grignoté : un insecte parasite tueur de vigne venu des Etats-Unis se développe sur le vieux continent depuis 1862.

Epidémie
Les plants dépérissent puis succombent en l'espace de deux à six ans. Le responsable : un puceron microscopique auquel son découvreur, Jules Planchon, donne en 1868 le nom de phylloxera vastatrix. La baisse de la production fait grimper les prix et les vignerons ont plutôt tendance à se féliciter de l'épidémie. Dans un premier temps... Car le parasite envahit la France : Bordelais, Beaujolais, Bourgogne, Champagne... En 1890, presque la totalité du vignoble est touchée, vouée à disparaître si un remède n'est pas rapidement prescrit.

La lutte s'organise
La vigne, qui poussait déjà sur l'hémisphère boréal, quand les continents ne s'étaient pas encore séparés, est menacée de disparition dans toute l'Europe, de la façade atlantique à Ankara. Pourtant, les pouvoirs publics ne réalisent l'ampleur du désastre qu'en 1871 en reconnaissant officiellement le puceron criminel. Trois ans après, ils créent la Commission du phylloxera qui recommande deux traitements, l'inondation des terres afin de noyer l'insecte ou le sulfatage des plants.

La carte des vins
Planchon a lui une autre idée : importer des Etats-Unis des plants résistants au puceron. En effet, depuis la formation des continents, la vigne (Vitis) a pris de multiples visages tout autour de la planète. Sur le territoire américain, on trouve principalement Vitis labrusca, ou fox grape, ainsi que d'autres espèces particulièrement résistantes au phylloxéra. Le vignoble eurasiatique est lui constitué d'une seule espèce, Vitis vinifera, sensible au puceron.

« Sulfateurs » contre « américanistes »
Planchon veut implanter des plants américains de V. labrusca en France. Il lance en 1877 le mouvement des « américanistes », qui s'oppose aux vaporisateurs des « sulfateurs ». Mais les premières récoltes sont mauvaises, le vin a un goût dit « foxé », invendable. On décide alors de greffer V. vinifera sur des pieds américains résistants : V. riparia, V. rupestrix, V. berlandieri serviront de porte-greffes.

Une vigne à toute épreuve
Grâce aux greffes, les vignerons font d'une pierre trois coups : les hybrides* obtenus sont non seulement insensibles au phylloxera, mais ils supportent mieux le froid et résistent à d'autres parasites comme le mildiou, un champignon américain qui sévit en France depuis 1878. Grâce à des encouragements fiscaux et à la formation de coopératives de replanteurs, les « américanistes » l'emportent sur les « sulfateurs ». En 1900, la crise du phylloxera est terminée.

texte de Julie Cailliau
site d'origine : école supérieure de journalisme, page http://www.esj-lille.fr/atelier/js/js99/divers/div23.htm