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LA
POINTE DE GRAVE
Soulac,
Le Verdon, Port Bloc
Le
nord Médoc
La pointe insulaire
du nord Médoc, prise entre les flots de l'océan d'un coté, de l'estuaire
de l'autre, a été pendant des siècles une terre où les eaux, le vent
et le sable ont décidé librement de ses contours aux mouvances soudaines
: ainsi entre 1785 et 1850 la côte a reculé à la Pointe de Grave de
2 150 mètres, dont 760 mètres pendant la seule année 1818 !
Sans les énormes
travaux de consolidation (digues, brise mer, etc.) et de stabilisation
(plantations des dunes...) entrepris à partir de 1843, la Pointe de
Grave n'existerait pas telle qu'on la connaît aujourd'hui : les flots
l'auraient percée à l'anse les Huttes, créant une nouvelle embouchure
de la Gironde, et la réduisant ensuite sans doute en bancs de sable
ou en écueils éparts, à l'image du banc rocheux de St Nicolas qui était
il y a à peine deux siècles l'extrémité des terres, portant un bastion
d'artillerie marine de Louis XIV.
Comment n'être pas
frappé par les changements profonds intervenus au cours de temps pas
si anciens .
Du temps de l'aquitaine
Anglaise (1154 à 1454), Aliénor et les princes Anglais, de même que
les pèlerins fortunés en route pour Compostelle, embarquaient ou débarquaient
à Soulac, qui avait alors un port sur l'estuaire (le port de Neyran)
: les terres basses asséchées à l'est de la commune étaient encore des
étendues d'eau alors qu'à l'ouest l'océan était beaucoup plus éloigné
; Soulac n'était pas la ville balnéaire d'aujourd'hui !
Témoin spectaculaire
de ce qu'était, avant l'intervention humaine, la puissance et la rapidité
des mouvements naturels dans ce secteur, l'église de Notre Dame de la
fin des terres, en plein coeur du vieux Soulac enseveli en moins de
50 ans dans les années 1700, a été ressuscitée des sables par les hommes
en 1860.
Comme le disait de
manière imagée un dénommé Louis Coulon en 1644, "c'est un effet
prodigieux des vents qui soufflent sur ces rivages, qu'ils transportent
des montagnes de sable d'un lieu à l'autre, et qu'ils couvrent des bourgs
et des forêts, de sorte que les lièvres gîtent à la cime des arbres
et les chiens courent sur la pointe des clochers
Et les portulans
des XIIIième au XVIII ième siècle montrent
l'existence à cette époque en Médoc d'un "havre
de marée nommé Anchise dans lequel on peut entrer avec de grands navires
" : golfe vaste comme le cinquième du bassin d'Arcachon, son
entrée sur la côte atlantique dont le tracé se situait bien plus
à l'ouest qu'aujourd'hui, se serait trouvée un peu au sud de
Montalivet, à hauteur du marais de la Perge.
Il devait s'étendre
sur ce qui est de nos jours les anciens marais de la Perge, de l'Espaut,
du Gua et rejoindre l'estuaire à hauteur de Saint Vivien vers le port
de Goulée.
Cette embouchure méridionale
de la Gironde s'est colmatée à partir de la fin du XVIIIième siècle,
sans doute aidée en cela par les travaux entrepris par les ingénieurs
hollandais, à la suite de l'édit pris par Henri IV en 1599 sur le "dessèchement
des marais" pour lutter contre les fièvres : en 200 ans des
centaines d'hectares sont drainés grâce à la mise en place de tout un
système de fossés, canaux, écluses.. sur les communes de Soulac, Saint
Vivien, Bégadan.....
Ces mouvances énormes
en un temps aussi court laissent imaginer un passé plus lointain, lacustre,
où l'eau dominait totalement cette partie nord du médoc .
Les croupes graveleuses
de faible hauteur sur lesquelles sont établis les bourgs et les domaines
viticoles actuels étaient dans l'antiquité autant d'îles ou de presqu'îles,
parmi des étendues d'eau peu profondes, devenues au cours des siècles
des "terres", anciens marais assainis ou "mattes" gagnées grâce aux
digues protectrices.
Ainsi les croupes
de Valeyrac, Goulée, Jau, Dignac, Loirac, Saint Yzans, Talais ....étaient
sans doute des îles sur l'estuaire, très tôt occupées.
Sur beaucoup de celles ci, la moindre fouille fait apparaître des vestiges
dont les plus notables sont les " villas " gallo-romaines de Laujac,
de Bois-Carré à Saint Yzans, de Brion à Saint Germain d'Esteuil, de
Terrefort à Gaillan .
Mais beaucoup d'autres
cités ou communes dont les chroniqueurs ont pu parler ont disparu, englouties
par les sables, l'océan ou les marais.
Ainsi la ville
portuaire gauloise légendaire de Noviomagus, répertoriée du temps de
Ptolémée (2ième siècle), pourrait selon certains avoir existé
en bordure du golfe d'Anchise (au large de l'actuelle pointe de Négade
et de Soulac) avant de disparaître, happée par les éléments ou détruite
par les Normands en 848 .
De nombreux sites
du début de l'ère chrétienne, cités par le poète Ausone au 4ième
siècle, ont disparu : à l'ouest, où en ces temps là, le rivage sur l'océan
était très au large du cordon dunaire actuel et au nord où la voie romaine
" la Lebade " passait sans doute à Noviomagus pour aller jusqu'à une
île, appelée "Antros ".
De cette
île, il ne reste que Cordouan, mais elle devait à l'époque être d'une
superficie très importante entre la Pointe de Grave, la Pointe de la
Négade et Cordouan : sans doute couverte de forêts analogues à celle,
séculaire, du Verdon, elle a été un lieu de culte très fréquenté jusqu'au
IXième siècle, et son accès pouvait se faire à gué par le
"Pas de Grave "
Sur ces
terres "du bout du monde", ce finistère médocain, l'homme a imposé sa
volonté, son histoire .
La pointe de Grave
D'ici (plus sûrement
de Pauillac selon certains ...) se seraient embarqués en 1777 Lafayette
et ses volontaires pour porter aide une première fois aux insurgés
du nouveau monde, et c'est ici qu'ont débarqué des soldats américains
du général Pershing en 1917/1918 pour témoigner en retour .
Un imposant "Monument
aux Américains" de 75 mètres de haut avait été édifié à la Pointe de
Grave pour glorifier cette fraternité, mais les allemands l'ont fait
sauter en 1942 : il servait de repère aux avions alliés, tout comme
le phare de Cordouan, qu'ils se sont heureusement contentés de peindre
en noir !
Une stèle commémorative
a été dressée à son emplacement .
Le port
du Verdon
Entre les deux guerres
un "môle d'escale", sorte d'embarcadère géant sur pilotis de 350 mètres
de long, performance technologique pour l'époque, est construit au Verdon
: en effet depuis la "drôle de guerre" c'est la grande époque des paquebots
transatlantiques de légende qui fait revivre à Bordeaux une superbe
page maritime.
Le "Port de la
Lune" est alors une tête de ligne pour de nombreuses grandes compagnies
qui envoient de là leurs navires dans le monde entier : Messageries
Maritimes, la Transat, la Sud Atlantique, les Chargeurs Réunis...avec
les bateaux Lutetia, Massilia, Brazza, Foucauld, Meknès, Marrakech.....
Ce môle d'escale du
"port de vitesse" du Verdon, inauguré en 1933, doit permettre d'attirer
d'autres paquebots transatlantiques, plus grands, plus rapides : desservi
par 2 voies ferrées et une route arrivant de Bordeaux, celles ci passent
sur un viaduc de 300 mètres lancé sur les eaux, et conduisent les voyageurs
à une véritable "gare" maritime de deux étages sur 136 mètres de long,
les trains en bas, les voitures au 1ier niveau, donnant accès
direct aux navires accostés de part et d'autre.
Mais
une cinquantaine de navires seulement auront le temps de l'utiliser
avant la guerre ; du reste les courants complexes à cet endroit et l'orientation
du môle par rapport au vent dominant de Noroît, transformaient l'accostage
et le maintient à quai en une épreuve très pénible pour pilotes et capitaines
.
Le dernier bateau
à l'utiliser fut le paquebot Massilia en juin 1940, cinq jours avant
l'armistice : prévu pour emmener le président de la république et le
gouvernement de Bordeaux vers Casablanca, seuls partiront vingt sept
députés et une centaine de hauts fonctionnaires. Parmi eux Georges Mandel,
maire de Soulac, Mendès France, Daladier qui durent faire face à l'hostilité
de l'équipage qui les considérait comme déserteurs .
Du reste ces jours
là, la rade du Verdon va être le théâtre d'une gigantesque et fiévreuse
pagaille : près de 200 navires chassés par l'avance ennemie s'y entassent
et vont essayer de partir, juste avant l'armistice, dans un désordre
le plus total .
Se mélangent destroyer
anglais emmenant des ambassadeurs, cargos et paquebots où passagers
et équipages se déchirent sur la conduite à tenir, croiseur français
chargé de titres, de fonds divers, d'or de la Banque de France, avisos,
torpilleurs, dragueurs, patrouilleurs, bateaux de pêche....
Certains se
sabordent sous le feu des allemands arrivés à Royan .
Les allemands vont,
bien sur, faire sauter ce môle, ouvrage monumental, qui n'aura donc
fonctionné que de 1933 à 1943 ; on en retrouve quelques ruines à coté
du terminal pétrolier du port du Verdon, abandonné lui aussi maintenant
.
Ces allemands qui,
à partir de 1943, ont transformé l'entrée de la Gironde en "Gironde
Festung", la forteresse Gironde : ce dispositif impressionnant de blockhaus,
dont beaucoup n'ont pas encore été engloutis par l'océan et existent
toujours, fut sans doute le plus puissant de tout le Mur de l'Atlantique
; la partie Gironde Sud, de la Pointe de Grave à Montalivet et de Montalivet
à St Vivien, couvrait 170 km2 tenus par près de 5 000 hommes et avait
une puissance de feu exceptionnelle .
Elle fut, comme la
partie Nord, coté Royan, une poche de résistance acharnée qui tomba
en avril 1945 sous les assauts de l'armée française : mais la prise,
vingt jours seulement avant la capitulation totale du Reich, de cette
fin des terres où les allemands avaient noyé les "mattes" en détruisant
digues et écluses, nécessita bombardements aériens dévastateurs, canonnades
forcenées de croiseurs, cuirassés et torpilleurs et coûta la vie à 500
soldats français .
Le port
du Verdon aujourd'hui
Depuis, confrontés
au problème du tirant d'eau et de la longueur des cargos et pétroliers
modernes, les hommes ont tenté de recréer un grand port au Verdon, extension
de celui de Bordeaux.
Au milieu des grandes étendues désertes de terres basses gagnées sur
l'eau et battues par les vents, des terres pleins s'allongent, vaguement
animés de quelques rangées de conteneurs et de tuyaux pétroliers ...
témoins des tentatives infructueuses d'en faire un terminal conteneurs
ou pétrolier ; la venue du Norway, l'ancien France, accostant en 1998
à coté des restes du môle d'escale, image insolite dans cet environnement,
fut le témoignage des tentatives pour ranimer un passé enfui.....
Port
Bloc
Par contre le petit
port de pêche et de plaisance de Port Bloc, à la Pointe de Grave, est
bien vivant : tirant son nom des blocs de pierre amenés là par gabares
pour les travaux de fixation de la côte à partir de 1850, il est animé
par les va-et-vient des bacs reliant Le Verdon à Royan,et abrite bâtiments
et bateaux du Service
des Phares et Balises ainsi que des Pilotes
de la Gironde .
Depuis la fin 2009
la Gendarmerie
Maritime a transféré la VCSM (vedette côtière
de surveillance maritime) "Charente" » de La Rochelle
au Verdon : gare aux navigateurs estuariens "tête en l'air"
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