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cordouan du prince noir
La tour du Prince Noir

 

 

 

 

 

cordouan de louis de foix
Une oeuvre Royale


 

 

 

 


La poterne


Les vitraux


Les corniches

 

 

 


Le commerce triangulaire négrier

 

 


L'évolution des bateaux

 

 

 

 

 


Fresnel et ses lentilles

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Cordouan après les anglais

 

C'est l'année 1550, la guerre de cent ans est terminée depuis un siècle, la Tour aux Anglais d'une quinzaine de mètres de haut est tombée rapidement en ruines, l'océan continue inlassablement de grignoter le passage à gué du "Pas de Grave" vers Cordouan....

La Guyenne n'est plus la même, mais elle a pansé ses plaies, rétabli des vignes, repris un peu de commerce vers l'Angleterre depuis l'autorisation de Louis XI : mais le vin ne dépasse plus que rarement 10 000 à 30 000 tonneaux.

Des vaisseaux nouveaux arrivent d'horizons différents pour d'autres commerces : des pays du nord, des Flandres, d'Espagne... pour le pastel Toulousain, l'eau de vie, le drap, le sel et même le poisson pour lequel les négociants bordelais arment chaque année une vingtaine de voiliers Basques pour ramener la morue péchée sur les bancs de Terre Neuve. La prospérité revient progressivement ...

Mais les naufrages continuent devant Cordouan...

Il faudra attendre 1584 pour que la construction d'une nouvelle tour à feu soit décidée par un accord entre le roi de France Henri III, dernier des Valois, et les jurats de Bordeaux avec leur maire, Michel de Montaigne : c'est Louis de Foix, ingénieur - architecte de talent qui vient de rétablir un chenal pour l'Adour, qui en est chargé.

Mais les travaux, difficiles, gênés par les troubles des guerres de religion, l'assassinat de Henri III et le retard des financements promis amènent celui ci au bord de la ruine.

En 1593, Henri IV, premier des Bourbons, qui s'était intéressé à ces travaux alors qu'il était Henri de Navarre, gouverneur de Guyenne sous le règne de Henri III, alloue les sommes nécessaires et fait modifier le projet pour faire de ce phare "une oeuvre Royale".

Les travaux ne sont achevés qu'en 1611, après 27 ans de chantier et après la mort de Louis de Foix et de Henri IV : mais alors, sur ce qui est redevenu la plus grande avenue maritime du Royaume, se dresse une magnifique oeuvre d'art de 37 mètres de haut, qui est considérée à l'époque comme la 8ième merveille du monde.

Sans exemple connu, le phare étonnait les marins anglais et hollandais qui assuraient alors l'essentiel de l'intense trafic de Bordeaux et portaient loin de France la gloire de Henri IV.

Comme l'a écrit Louis de Foix dans la chapelle : "Bastir dessus la terre est ce une chose rare ? Mais qui a jamais veu bastir dessus la mer ?"

L'accès à la tour se fait depuis le rocher à marée basse par une poterne fermée par une porte épaisse en chêne : on monte par quelques marches dans le bastion circulaire de 41 mètres de diamètre protégeant la base du phare et dans lequel les gardiens sont logés ; au rez-de-chaussée de la tour une porte monumentale débouche sur un immense vestibule où démarre l'escalier.

Le premier étage est un riche appartement royal, le deuxième une chapelle avec coupole : tout cela est richement orné de marbre, boiseries, vitraux, sculptures et couronné de galeries, alors qu'à l'extérieur colonnades et corniches rivalisent de prestance.Un escalier extérieur en colimaçon, très ouvragé, conduit ensuite à la "lanterne", à 37 mètres de haut, plate forme couverte d'un dôme ajouré au milieu de laquelle se trouve le foyer, dans lequel on brûle des  mélanges à base de poix, goudron, huile de baleine ...

Mais le phare avec ses ornements est immédiatement une proie de choix pour l'océan et la foudre qui s'acharnent sur lui et sur les moines ermites toujours chargés du feu : les dégâts sont rapides et en 1645 un rapport signale que "les bresches qu'a fait la tempeste et le furieux battement de la mer contre ladicte tour sont si grandes, qu'elle est à présent en péril très imminent ..".

Hélas Richelieu, créateur de la marine française, est mort depuis 3 ans, et Mazarin est occupé par la guerre avec l'Autriche et par la Fronde.

Il faudra donc attendre 15 ans pour qu'en 1660 Colbert prenne tout cela en main : décidé à obliger les bordelais à "s'appliquer à la navigation" il les pousse à commercer avec l'outre mer, et fait, entre autres, entreprendre les travaux de restauration qui dureront 4 ans.

Au début des années 1700, sauf mauvaise récolte ou guerre, le trafic devant Cordouan est très important : ce sont jusqu'à 3 000 navires de toutes sortes, souvent des vaisseaux à 2 mâts, les "flutes" hollandaises, dont les courtiers sont bien installés à Bordeaux, qui entrent dans l'estuaire, en général à vide sur lest, quelquefois chargés de grains, et ressortent chargés de vin essentiellement : 80 000 tonneaux sont chargés en bonne année.

Mais beaucoup se plaignent du fonctionnement de Cordouan : en avril 1706 une pétition est signée et portée à la toute nouvelle chambre de commerce de Bordeaux par 40 capitaines "portant plainte qu'étant entrés dans cette rivière depuis le 5 jusques au 12 de ce mois, on n'avait point mis de feu à la tour, ce qui avait failli les faire périr " .

Celle ci en réfère à l'autorité royale : "prenant la liberté d'informer votre grandeur que les personnes préposées à l'entretien du feu de la Tour de Cordouan se dispensent fort souvent d'y en allumer . Leur avarice et leur négligence causeraient infailliblement des naufrages si vous n'aviez, Monseigneur, la bonté d'interposer votre autorité afin qu'il y ait toutes les nuits du feu sur cete tour ."

Qu'il soit éteint ou allumé, dispensant alors un mince filet de fumée ou une faible lumière de flammes obtenus en brûlant du blanc de baleine, le feu de la tour n'empêche pas que plus de 300 vaisseaux, selon les chroniqueurs, se font encore prendre sur les bancs de 1690 à 1763 .

Dans cette seconde moitié du XVIIIième siècle, Bordeaux s'est décidée à se lancer totalement dans l'armement naval et le commerce lointain, bien aidée en cela par le privilège, encore un, qui lui a été octroyé cette fois par Colbert, du commerce avec nos colonies : de splendides voiliers au long cours mettent le cap vers St Domingue, le Canada, l'Amérique, l'Orient.... souvent via l'Afrique pour le trafic des esclaves.

Bordeaux est en train de devenir le premier port de France pour les relations avec l'outre mer et le premier entrepôt européen de produits coloniaux (coton, café, tabac, sucre, rhum...) qu'elle renégocie ensuite vers les pays du nord ; Bordeaux arme même ses propres corsaires pour les périodes de guerre contre l'anglais ; Bordeaux ouvre une nouvelle ère qui sera fastueuse .

Le tirant d'eau des bateaux au long cours augmente, ils deviennent plus longs et plus lourds à manoeuvrer dans les passes : le navire colonial fait facilement 300 à 400 tonneaux. Et, grand changement, ces bateaux sont de plus en plus souvent construits et armés par des Bordelais: le coût du navire et de sa cargaison méritent donc qu'on cherche à améliorer l'entrée de l'estuaire et en particulier le feu de Cordouan .

Ainsi le blanc de baleine utilisé en combustible est remplacé par le charbon anglais, qui se révèle efficace mais trop taxé, trop compliqué à amener ( 60 à 80 voyages par an) et trop salissant ; on décide alors de remplacer le foyer traditionnel par un système de lampes à huile minérale avec réverbères : mais aussitôt les lamaneurs et capitaines se plaignent que "le feu a si peu d'éclat qu'il parait à peine à la distance d'une lieue dans le plus beau temps" et un cahier de doléances est ouvert à Bordeaux .

Après six années de controverses, de projets et contre projets, en 1788 , juste avant la révolution, le feu est rehaussé par l'ingénieur Teulère à 60 mètres au dessus des flots au moyen d'une tour édifiée sur l'ancien ouvrage dans un style volontairement dépouillé car, dit-il, "ce n'est pas ici le cas de rechercher les ornements, qui se perdent d'ailleurs dans l'éloignement ; la masse seule s'aperçoit et remplit parfaitement l'objet d'une vigie" ; les lampes à réverbères sont en même temps améliorées et un mécanisme tournant permet de réaliser des occultations .

Dernière grande amélioration, une lentille de Fresnel, procédé tout nouveau pour l'époque, sera utilisée en 1823 pour focaliser et porter au loin la lumière d'une lampe à huile de colza .

Elle ne profitera pas très longtemps aux splendides flottes coloniales : déjà affaiblies par les blocus maritimes de l'ère napoléonienne, le glas sonne pour elles avec la perte de Saint Domingue et du Canada ainsi que l'indépendance de l'Amérique . Le commerce international évolue, la France proclame l'abolition de l'esclavage en 1848, la révolution industrielle se met en marche autour du charbon...

Du reste, coïncidence symbolique, en 1862, alors que l'on vient de rentrer dans l'ère des navires à vapeur, qui cohabiteront avec les voiliers jusqu'à la première guerre mondiale, Cordouan, le "Petit Versailles de la mer", est classé monument historique juste après Notre Dame de Paris .

 

 

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- L'entrée de la Gironde : Les passes de l'estuaire
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- De Blaye à Mortagne - De Mortagne à Bonne Anse