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Alienor


Guerre de 100 ans


Peste noire


Chemins de compostelle


Le duché d'Aquitaine




Gabares, couraux, galupes


 




Le vin au moyen-age

 

 

 

 


Les roundship

 

 

 

 


Le prince Noir

 

 

 

 

 

 


La bataille de Castillon

 

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L'Aquitaine " Anglaise" du 12 ième siècle

Les flottes du vin

L'Aquitaine est domaine des rois d'Angleterre depuis qu' Aliénor, duchesse d'Aquitaine, après son mariage malheureux en 1137 avec le roi de France Louis VII, l'a fait annuler en 1152 et a épousé cette même année Henri Plantagenet, comte du Maine et de l'Anjou, duc de Normandie, qui devient le roi d'Angleterre Henri II en 1154.

Aux contentieux conjugaux s'ajoute une rivalité territoriale : les domaines français du nouveau roi sont plus étendus que ceux du roi de France, alors qu'il est en principe son vassal ; désormais, et pour trois cent ans, de 1155 à 1455, une longue période de rivalités et de tensions s'installe, ponctuée de longs conflits ruinant le sol français et répandant la peur, avivée par la peste noire .

Violence et peur renforceront, en cette époque pétrie de foi, le flux naturel des pèlerins vers Compostelle, dont les chemins traversent l'Aquitaine.

Ce duché d'Aquitaine, appelé aussi Gascogne ou Guyenne selon son étendue sous la pression française et au gré des différentes batailles et traités restera relativement épargné pendant presque 200 ans, malgré quelques périodes guerrières, en particulier celles des "mauvaises" années d'occupation française (1293 à 1303).

Pour qui vient alors du pays dévasté qu'est le reste de la France, la prospérité dans la region bordelaise est frappante : les vignobles sont partout et l'argent rentre à flot dans les poches des bourgeois qui commercent le sel, le cuir, les métaux, les armes, le blé mais surtout le vin, le vin, le vin essentiellement vers l'Angleterre, grâce à la dispense de taxes consentie par le souverain Anglais aux vins de son duché, mais aussi vers les Flandres, la Normandie, la Bretagne.

Les routes étant quasiment inexistantes, mal pratiques et peu sures, le trafic se fait par voie maritime : dans les "ports" de la Dordogne, la Garonne ou l'estuaire sont chargés les tonneaux de vin qui, chargés sur des gabares, couraux, galupes convergent vers Bordeaux (appelée Bourdeu), devenue premier port de toute la Chrétienté et qui a su faire en sorte que tout départ de vin aquitain vers l'étranger ne soit autorisé que depuis ses eaux.

C'est de cette époque que restera la pratique de jauger les bateaux en tonneaux : gabares et galupes portent 10 à 20 tonneaux, les gros couraux de la Dordogne allant jusqu'à 100... mais alors attention au naufrage pour celui ci lorsqu'il arrive au bec d'Ambès et affronte le clapot de l'estuaire !

Entre 1305 et 1335, près de 100 000 tonneaux de 800 ou 900 litres sont chargés chaque année sur des centaines de nefs de 25 à 100 tonneaux, arrivant de Poitou, Bretagne, Normandie, Angleterre, écosse, Irlande,... et venant mouiller dans le "port de la lune" deux fois l'an, à l'automne et au printemps

Les vins bordelais sont vendus et chargés dès la fin des vendanges, la conservation des vins n'étant pas bien maîtrisée à l'époque : c'est le "claret", vin nouveau dont raffolent les anglais.

Les vins des bas et hauts pays (Saintonge, Poitou, vallées du Lot, du Tarn, de la Baïse, de la Garonne, du Languedoc..) ne sont autorisés à la vente que vers le printemps, après que les Bordelais ont écoulé leur production.

La grande Guyenne vineuse ne vit toute l'année que par et pour cela.

Il faut imaginer, à ces saisons où le golfe de Gascogne est souvent agité, l'apparition à l'entrée de l'estuaire de la multitude de voiles de ces petites nefs anglaises (appelées aussi "roundships") , parties en convois de 200 à 300 navires pour dissuader les pirates : après avoir attendu la marée montante en espérant le vent favorable du Noroît, tout le monde essaie, par une des six ou sept passes existantes à l'époque, de pénétrer en tête dans la Gironde.

Deux jours au minimum sont alors nécessaires depuis Cordouan pour remonter celle qu'on appelle "la rivière de Bourdeu" ou "la mar de Bourdeu", et les premiers arrivés sont les premiers servis ; mieux vaut cependant être prudent, les pirates et les bancs de sable guettent tout au long du parcours.

Cependant cette situation privilégiée de Bourdeu et de la Guyenne se dégrade rapidement à partir des années 1335 environ : à tel point que 20 ans plus tard, en 1355, la région, affaiblie par la grande peste qui a sévi en 1348 et qui rôde toujours, n'a plus qu'une production viticole réduite ( 50 % à 80 % de ce qu'elle était 20 ans auparavant) et se trouve très fortement sous la menace française..

La jurade de Bordeaux, très inquiète, fait appel à son souverain, le duc d'Aquitaine et roi d'Angleterre Edouard III qui envoie son fils, le Prince de Galles, surnommé le Prince Noir , à la tête d'une flotte de 80 vaisseaux chargés de troupes qui, partie le 8 septembre, arrive moins d'une semaine après à l'embouchure de la Gironde.

Le chevalier, dont l'armure, contrairement à la légende, n'était pas noire, décide au passage de l'îlot de Cordouan d'y faire édifier une "tour à feu" : elle fera 16 mètres de haut et accueillera à son sommet une plate-forme où un moine ermite, ordre reconnu par le pape le siècle précédent, entretiendra un feu, de fumée le jour, de flammes la nuit.

A partir de l'arrivée du Prince Noir et de son administration, on peut dire que la Guyenne, jusqu'alors à l'écart, bascule dans la mêlée générale.

Pendant 100 ans, elle est le front de la guerre anglo-française : entre deux trêves et deux épidémies, les troupes armées des anglais, français ou autres bandes de Routiers et Ecorcheurs dévastent, violent, pillent, rançonnent.

Sur l'estuaire flottes anglaises, françaises ou même espagnoles surgissent en convois d'invasion ou de secours.

La peste, toujours à l'affût, ressurgit par bouffées et contribue à maintenir la peur.

La paix ne reviendra qu'avec le départ définitif des Anglais, après que Talbot, arrivé par Cordouan en octobre 1452 à la tête d'une flotte orgueilleuse forte de 4 000 hommes, aura été défait et tué à Castillon la Bataille le 17 Juillet 1453.

Il reste peu de vignes debout dans les campagnes abandonnées, les villages n'existent plus, la noblesse est décimée et ruinée, tout est à reconstruire.

Il ne se présentera plus à Cordouan d'aussi belles flottes du vin que celles des années de cocagne


 

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