BEYCHEVELLE :
une légende


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Au sujet de Beychevelle, il faut évidemment parler de la petite histoire de "Baysse Velle" ("baisse la voile"), qui serait à l'origine de ce nom, et dont Bernard Ginestet s'est attaché à en rechercher la réalité dans "Saint-Julien", l'un de ses remarquables ouvrages sur les appellations de vins de France.

En effet depuis un siècle une légende s'est répandue, faisant remonter l'origine de cette expression au 16 ième siècle : selon elle, à cette époque tous les bateaux passant devant le chateau de Beychevelle, possession du duc d'Epernon, devaient baisser la voile pour "rendre hommage" au duc.
C 'est effectivement une légende crédible, quand on sait qui était ce duc d'Epernon !

Jean Louis Nogaret de La Valette, duc d'Epernon et de La Valette (1554 – 1642)

Décédé à 88 ans il fut premier gentilhomme de la cour du Roy, et son impressionnante liste des titres, domaines, charges (dont amiral de France, gouverneur de Guyene, etc...) ne peut même pas rendre la réalité de sa puissance et de son ambition, face au duc de Guise et aux rois successifs, Henri III, Henri IV puis Louis XIII.

Le chateau fort de Beychevelle (le splendide chateau actuel n'a été construit qu'en 1757) s'était rajouté à ses nombreuses possessions, dont faisaient partie, pour la seule région, les chateaux de Plassac et de Cadillac, grâce au rachat "en bloc"de toute la seigneurie de Lesparre à la famille du Maréchal de Matignon, précédent gouverneur de Guyenne, qui lui même l'avait "achetée" après la guerre de cent ans, les seigneurs de Lesparre, aieux de la femme du duc d'Epernon, ayant été expulsés en Angleterre ....

Sans cesse en mouvement entre sa résidence de Plassac, la seigneurie familiale de Cadillac, la résidence officielle à l'hotel Puy Paulin à Bordeaux, et ses divers territoires en Guyene ou au delà, son statut national n'empéchait pas le duc de faire respecter au plan local le moindre de ses droits, dont celui, comme tous les seigneurs de la presqu'île du Médoc, sur les épaves et les naufrages, dont les produits leur appartenaient !

Après sa mort son fils Bernard de la Valette (1592 – 1661) fut un gouverneur de Guyene "féodal" et despotique, rétablissant une multitude des droits ancestraux disparus, sa cupidité haineuse mettant la Guyene en coupe serrée ; jusqu'en 1649, où sous la pression conjuguée des barricades du peuple, des édits du Parlement de Bordeaux, de l'excommunication du clergé, des autres seigneurs locaux, il sera "démissionné" par le roi de sa charge de gouverneur et lieutenant général.

 

Mais Bernard Ginestet s'est attaché à montrer que ce nom de Beychevelle existait déja au moins deux cent ans avant, dans les années 1300 lorsque la Guyene était anglaise.

Certains avancent alors la présence possible d'un péage maritime à cet endroit, obligeant les vaisseaux à s'arréter et baisser les voiles, ce qui parait assez peu crédible quand on sait la difficulté de telles manoeuvres dans les courants de l'estuaire et l'importance du temps perdu dans la durée d'une marée.

A cela Bernard Ginestet préfère une explication beaucoup plus prosaique liée à la difficutée d'entrer dans le port à la voile en raison de son orientation par rapport aux vents dominants : les bateaux devaient rapidement baisser la voile pour de se déhaler sur les cordages lancés depuis la rive.....On entend bien les "baisha velho" fusant depuis la rive, ou commandés sur le bateau par les gascons qu'étaient tous ces gens là